Rudolfinum, hall intérieur
Rudolfinum, "petite" salle de concert

Praha

Prague

Franz KafkaMarionnettesEtant donné que les élites tchèques s'exprimaient en allemand, puisque la Tchécoslovaquie a rarement été indépendante au cours de son histoire mouvementée, on ignore parfois l'origine tchèque d'auteurs aussi connus que Franz Kafka par exemple. Quant à Milan Kundera, il a préféré s'exiler en France pour s'exprimer plus librement. Milos Forman, lui, est parti à Hollywood tandis qu'Antonin Dvorak devenait un temps directeur du conservatoire de New York. C'est un plaisir de se promener dans ces rues de Staré Mesto. Maintenant que notre oeil s'accoutume à l'architecture et que nous nous orientons plus facilement, nous commençons à musarder davantage, faisant halte devant les vitrines, détaillant les étalages d'un marché de rue avec quantités de sorcières qui me font penser à celles du Harz en Allemagne. Nous entrons dans une galerie d'oeuvres d'art en verre soufflé où Caroline demande si elles sont réalisées par le designer juif Borek Sipek : le responsable se met en colère et rétorque que cet artiste ne doit sa réputation que grâce à sa religion, qu'il est soutenu par tous les juifs de New York, et qu'il y en a de bien meilleurs que lui, etc., etc. 40 000 juifs du ghetto de Prague sont morts dans les camps de concentration, mais cela n'a pas extirpé l'antisémitisme de certaines mentalités. Nous sommes ressorties de là plutôt choquées.

La Terre au sommet de la TourFontaine de fer forgéC'est d'ailleurs vers Josefov, l'ancien ghetto, que nous nous dirigeons tranquillement. Nous avons pris une carte qui permet théoriquement de visiter tous les monuments de la capitale. On a omis de nous préciser qu'il y avait de nombreuses exceptions, dont la Synagogue Vieille-Nouvelle par exemple, qui est la plus ancienne d'Europe. Nous nous asseyons sur un des sièges de bois situés sur le pourtour de la nef et observons l'intérieur (interdit de photographie) pendant que Caroline part dans une diatribe très féministe à l'encontre de la religion juive (où la femme ne peut devenir rabbin, ne peut pénétrer dans la nef - il y a une petite nef attenante pour suivre le culte -, où elle est suspectée d'être la source des pires maux, etc.). J'achète peu après chez un bouquiniste un petit livre sur le Golem et autres légendes juives et je constate en le lisant que ma soeur n'a pas tout-à-fait tort.

En sortant, nous faisons le tour de l'ancien cimetière juif et faisons la queue devant une caisse en examinant les conditions de visite : impossible de le voir séparément ! Il faudrait y ajouter 2 ou 3 autres synagogues ou musées, et nous n'en avons pas envie. Tant pis ! Nous préférons aller découvrir les richesses du musée des arts décoratifs dont on peut photographier les collections moyennant un petit supplément au billet d'entrée. Caroline, toute contente, découvrira qu'il surplombe le cimetière juif, et prendra des photos de celui-ci depuis la fenêtre des toilettes (!). Je m'attarde un long moment devant des instruments astronomiques et de superbes montres à gousset, ainsi que devant de grands livres enluminés conservés dans une quasi-obscurité.

Kipas marionnettes la place du marché
chandeliers de verre

Musée des arts décoratifs, montreSphère armillaireCaroline souhaite faire une dernière visite aux maisons cubistes de Visehrad où se trouvent les vestiges d'un ancien château (nous pensions y trouver un vrai château et, après l'avoir cherché désespérément, constatons qu'il n'en reste qu'une enceinte fortifiée autour d'une église centrale). Nous n'avons plus le temps, tant pis pour le cubisme, il faut nous dépêcher ! Il y a du chemin jusqu'au Rudolfinum pour le concert de 19h30 ! Nous reprenons le métro (incroyablement rapide et propre), comptons les arrêts et repérons les noms aux consonnances slaves sur les quais pour ne pas nous tromper tout en guettant de l'oreille les annonces en tchèque pour plus de sûreté, et descendons à l'hôtel nous changer (les Pragois sont très chics pour aller au concert, nous ne voulons pas nous faire refouler), et reprenons le métro qui s'arrête à deux pas. Ouf ! Nous sommes à l'heure !

Musée des arts décoratif, penduleA vrai dire, nous ne savons pas bien ce que nous allons entendre. Comme il n'y avait plus de place pour le concert du soir, nous avions réservé pour le surlendemain, où se produisait un orchestre de chambre (pour lesquels j'ai une prédilection). Il s'agit d'un concert très exceptionnel, puisque l'orchestre de chambre Suk (qui se produit dans le monde entier) fête son 30ème anniversaire. Au programme, Locatelli, Haydn, Macha et Suk, le plus intéressant à mon oreille profane étant le 3ème qui allie la modernité à une grande musicalité, c'est un véritable enchantement. Musée des arts décoratifs, montreLes musiciens sont plutôt nombreux pour cette occasion (une quinzaine) et font preuve d'une grande entente et d'un réel plaisir à jouer ensemble, souriant même pendant qu'ils jouent. Le public (presque totalement tchèque) leur est acquis. Il va de la petite fille de 10 ans jusqu'à la grand-mère, en passant par un trio de jeunes chevelus à loques et boucles d'oreilles qui a quand même consenti à enfiler le costume sombre et la chemise d'un blanc immaculé. A l'entracte, les gens parlent avec les musiciens, ils sont "en famille". Nous sommes les dernières à être servies au bar d'une superbe pièce attenante au hall majestueux : nous avalons à toute vitesse notre verre de vin blanc en roulant des yeux affolés, à part trois personnes qui prennent leur temps, comme nous, attablées un verre de vin rouge à la main, il n'y a plus personne dans la salle... C'est bon, les Tchèques sont des gens très civils, ils nous ont laissé nos places au 3ème rang à gauche (impeccable pour voir les mains du pianiste au 2ème morceau de musique et pour voir la "binette" des musiciens et leurs mimiques lorsqu'ils jouent). Le concert se termine sous les applaudissements, avec 2 bis dont nous ne comprenons pas le nom des auteurs rapidement mentionné par le premier violon qui fait office de chef d'orchestre.

Les meilleures choses ont une fin... Nous dînons dans un restaurant juif où je vois un client prier en se balançant devant un livre minuscule (la Torah ?) pendant que son épouse se lève pour partir à la fin du repas. Le lendemain, nous faisons une dernière petite promenade avant de nous faire conduire à l'aéroport en taxi (avec l'assurance de l'hôtelier que le prix ne sera pas prohibitif, puisqu'il paraît qu'il y a parfois des abus).

 

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